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© Raed Atieh 11 November 2001 Les
massacres de Beit Rima, mais aussi la mort semée au cœur de Bethlehem,
de Tulkarem, de Ramala, ect… sont une honte pour les démocraties
occidentales. Dans la seule journée du 24 octobre, l’armée israélienne
a massacré 21 Palestiniens, et depuis une semaine le macabre décompte
s’élève à plus de 50. Néanmoins, les occidentaux continuent à nous
regarder et à protéger nos assassins ! !. La
lutte contre le terrorisme se disait être une guerre pour les valeurs de
la démocratie. Nous ne pouvons accepter que ceux qui mènent
aujourd’hui la guerre contre les fanatiques talibans, soutiennent en même
temps les fanatiques d’Israël. Puisque la droite de Sharon aime tant
les amalgames et unis, comme des frères jumeaux, Ben Laden et Arafat, à
notre tour nous souhaitons rappeler aux Occidentaux que Sharon est notre
Milosévic, notre Pinochet,
et notre Ben Laden. Comment peut-on aujourd’hui encore soutenir sans
honte un tel criminel ? Comment ne pas interpréter le silence de la
communauté internationale comme de la complicité ? Ma
ville de Paix sous le feu et l’enfer « Je
cache mes enfants en dessous de la table, …ces fascistes ont transformé
notre vie en enfer, … on attend d’un moment à l’autre qu’un obus
touche la maison comme beaucoup d’autres ici, … »,
m’a raconté avant-hier soir (mardi 23 octobre) au téléphone
mon ami qui vit à côté de l’université, au centre de Bethlehem. En
retenant mes larmes, je lui ai dit quelques mots de réconfort et de
soutien en le suppliant de résister et de croire que nous aurons un jour
la liberté. « Tu crois encore à ça ? » me répond-il.
J’entends le bruit de tirs, mon ami me dit ce sont leurs chars, ils sont
à moins de 50 m de sa maison. Si ce n’est pas un obus qui va les
toucher, ce seront les soldats israéliens qui risquent d’envahir leur
maison, et franchement il préfère encore la première option. « Ce
n’est plus comme avant, à l’époque de la première Intifada, quand
tu vivais encore à Bethlehem, tu te rappelles ? » Oh que oui,
que je me rappelle. Avant, quand les soldats israéliens rentraient
dans nos maisons, nous étions frappés, insultés, les maisons étaient
retournées et fouillées, au pire nous étions arrêtés. « Aujourd’hui,
ce n’est plus le cas, s’ils rentrent dans une maison, soit ils lâchent
des grenades de gaz lacrymogène à l’intérieur, soit ils mettent le
feu, soit tu ramasseras le cadavre d’un de tes enfants, tu comprends
pour quoi je préfère la première option ? ». Depuis
une semaine, à Bethlehem seule, nous avons une quinzaine de morts et des
centaines de blessés par l’armée de l’occupation, les rues de la
ville sont désertes, des centaines de maisons sont touchées par les
bombardement. Les chars israéliens sont stationnés dans le centre de la
ville, et ils n’hésitent pas à détruire ce qui gênerait leur
passage, une crèche française dans la ville a été bombardée, et même
la Basilique de la Nativité a reçu des balles israéliennes.
J’apprends par les médias, et mon ami me le confirme, l’hôtel où a
eu lieu la fête de mon mariage a lui aussi été entièrement détruit,
comme d’autres commerces. Mon ami est excédé : « Notre vie
va de plus en plus vers l’enfer ! Avant le processus de paix, ils
nous interdisaient de quitter notre « pays », qui ne pouvait
jamais être nommé comme tel, ensuite avec le processus de paix, c’est
de nos villes qu’on ne pouvait plus sortir,… maintenant on ne peut
plus quitter nos maisons ». Les Israéliens nous poussent à bout de raison. Depuis le 27 septembre 2000, début de l’Intifada d’Al Aqsa, nous essayons d’expliquer au monde que c’est un génocide qu’ils sont entrain de commettre contre nous. La seule chose que nous demandons c’est de nous protéger. Jusque quand va-t-on encore espérer que ce monde qui se dit démocratique nous écoute et nous croie pour une fois ? Notre occupant devient de plus en plus violent, sauvage et agressif, et l’occident ne réagit pas. Israël et son armée surpuissante montent à chaque fois d’un petit cran en plus dans la terreur, inspecte les réactions de la communauté internationale, lui laisse le temps de s’habituer, et puis, convaincue que cela ne suscitera jamais une réaction forte à son encontre, augmente un peu plus la pression dans le panel des liquidations, humiliations, emprisonnements arbitraires, tortures, étouffement économique… et malheureusement la liste est loin d’être arrêtée. Aujourd’hui, les Palestiniens vivent dans la terreur, mais loin d’attirer ne fut-ce qu’un peu de compassion des sociétés criant haut et fort pour un monde plus juste, pour le respect d’un ordre international, il ne fait qu’être humilié encore un peu plus, par une communauté internationale qui continue, non seulement à fermer les yeux », mais aussi à soutenir, à commercer et à protéger Israël, alors même que cet État ne respecte pas les traités qu’il a lui-même signés. Ce que la démocratie ne peut accepter d’aucun autre régime ne suscite pas de réaction quand c’est Israël qui en est le commanditaire. Le
fanatisme religieux de Ben Laden et des Talibans mobilise toute
l’attention, mais nous les Palestiniens nous connaissons et nous
souffrons aussi du fanatisme. On ne veut pas le nommer comme tel, mais
est-ce autre chose que, depuis la création de l’Etat d’Israël, de
chasser, et de refuser le droit de vivre à un autre peuple, au nom de
l’idéologie théologique de la terre promise. Est-ce autre chose que de
stigmatiser de manière légale les populations non juives à l’intérieur
même de la nationalité israélienne ? On a fait grand cas des
Talibans qui ont imposés aux Hindous de porter un signe distinctif, mais
dans la « seule démocratie du Proche-Orient », la religion
est inscrite sur la carte d’identité, les discriminations sont
inscrites dans les Lois fondamentales et les discriminations indirectes
sont légion[1].
C’est aussi un État, duquel il est accepté que le président du
Parlement traite les Palestiniens de non-humains… Pour certains, une
telle comparaison entre le fanatisme d’un Ben Laden et certains aspects
de la politique israélienne, pourra sembler beaucoup trop forte ou
provocante. Pourtant, si on accepte d’ouvrir un peu les yeux pour voir
ce que l’on se cache, et si on accepte d’arrêter quelques minutes
d’être complice de ces occupants fascistes, pour voir ce que les Israéliens
ont commis et commettent comme atrocités contre la population
palestinienne, on ne peut qu’être dégoûté par autant de violences.
La différence principale d’avec Ben Laden, c’est qu’Israël jouit
de la protection du monde occidental. Les Israéliens ont tué plus de 75
000 Palestiniens. Sharon, qui était déjà détenteur de la responsabilité
du massacre de trois mille Palestiniens à Sabra et Chatila en 1982, est
aujourd’hui entrain de commettre d’autres massacres contre des civiles
palestiniens, au cœur même des petites enclaves qu’on appelle
territoires sous autonomie palestinienne. Suite
à l’élan de solidarité extraordinaire avec les victimes du 11
septembre dernier, y a t-il eu une petite lueur d’espoir
du peuple palestinien, se permettant de penser que ce monde
occidental qui a montré une telle solidarité face à des victimes de
l’innommable, pourrait peut-être enfin aussi posé un regard sur lui,
et envisager la possibilité ne fut-ce que de protecteurs ou même
simplement d’observateurs ? Mais, ça aussi, c’est déjà trop,
telle une autruche, on se cache la tête, on se bouche les oreilles pour
ne pas trop voir, ni entendre leurs cris et leurs appels au secours ! Malheureusement,
le peuple palestinien est un peu naïf. Cela vient de se confirmer. Malgré
toutes nos déconvenues, nous étions tout de même à peu près certains
que si Sharon essayait d’occuper de nouveau les villes palestiniennes,
le monde et surtout les Européens et les Américains allaient réagir de
manière ferme et rapide, nous étions à peu près sûr qu’il faudrait
attendre un moment d’une telle violence pour qu’enfin une force de
paix vienne nous protéger, mais NON, une fois de plus, nous nous sommes
trompés. La situation n’a jamais été aussi grave qu’aujourd’hui,
mais l’on devrait se contenter d’exprimer nos regrets et une révolte
(mais pas trop fort, car sinon vive l’amalgame avec les terroristes et
fanatiques en tous genres !) à l’encontre non seulement du monde
occidental, mais aussi à l’encontre du monde arabe dirigé par des
dictateurs eux-mêmes protégés par les Occidentaux. La
situation de la Palestine aujourd’hui, comme la décrit un responsable
palestinien, est à l’image d’une femme violée : quand la police
qu’est la communauté internationale intervient, ce n’est pas pour
condamner le violeur, mais c’est pour inviter les acteurs à s’asseoir
autour d’une table et discuter afin de régler le problème, en
l’occurrence, il s’agit de faire comprendre à la victime qu’elle
n’a pas d’autre choix que d’accepter ce que son violeur lui offre
comme solution. Ce sont les Palestiniens qui ont perdu leur terre, ce sont
eux qui furent chassés, exilés, ce sont eux qui ont déjà accepté de
ne revendiquer que 22 % de la Palestine historique, mais ce serait encore
à eux de faire des concessions. Aujourd’hui,
le silence de la communauté internationale s’apparente à une
participation au crime commis. Avec ce silence, il faut comprendre que ce sont
les propres valeurs de nos démocraties qui sont bafouées. On ne peut
respecter les droits de l’homme chez soi et entre soi sans les soutenir
chez ses voisins, surtout s’ils sont bafoués par une culture ou un État
qui les a reconnus. Aujourd’hui, avec ce silence, on est entrain de tuer
les droits de l’homme, on est en train de montrer que le droit
international n’est que langue de bois. Aujourd’hui, nous ne jetons
pas la responsabilité uniquement sur les Israéliens et les Américains,
mais aussi sur les dirigeants européens, pour leur silence indéniable et
irresponsable. Les
populations du monde démocratique doivent s’interroger : en protégeant
des occupants, leur gouvernement n’est-il pas complice et, même
accusable de non-assistance à personnes en danger, en vertu des traités
qu’ils ont signés, les obligeant à protéger les civiles pris dans un
état de guerre. Aujourd’hui,
le tout petit espoir qui reste aux Palestiniens réside dans les citoyens
de pays démocratiques, et dans la solidarité entre les peuples. Si nous
ne voulons pas être aussi lâches que nos gouvernements, nous devons réagir
le plus vite possible pour stopper le massacre contre les civils
palestiniens. Ce
dont les Palestiniens ont le plus besoin, c’est d’une mobilisation de
tous les démocrates et de prises de position courageuses, pour les
soutenir dans la lutte qui les mènera un jour hors de cette situation
injuste, qui les libèrera de cette occupation de plus en plus violente.
Raed Atieh [1] Voir à ce sujet, le rapport de la FIDH, Fédération internationale des droits de l’homme, publié suite à une mission s’étant déroulée au mois de mars 2001.
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